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ALEN OMIC, L'INVITÉ SURPRISE DE LA JL BOURG : "CE N'EST ABSOLUMENT PAS UN PAS EN ARRIÈRE DANS MON PARCOURS"

Crédit photo : Jacques Cormarèche

Le 5 avril 2017, quand le pivot slovène célébrait son triomphe en EuroCup avec Malaga, la JL Bourg soignait ses maux de têtes, 24 heures après une défaite à Charleville-Mézières en Pro B. Près de trois ans et demi plus tard, Alen Omic et le club bressan ont uni leurs destins pour cette saison 2020/21. Histoire d'un rapprochement inattendu.

L’attente a été longue. Mais elle valait le coup. Incapable de trouver son bonheur sur le premier marché des pivots au début de l'été, tentant sans trop y croire le pari Darel Poirier, la JL Bourg s'est remise en quête d'un nouveau poste 5 au crépuscule du mois d’août. Et là, alors que le début de saison se rapprochait aussi inexorablement que se réduisait le nombre de places disponibles dans les équipes compétitives, le club burgien a su ferrer un bien plus gros poisson que ne l’était l’ancien intérieur de Charleville-Mézières : Alen Omic (2,16 m, 28 ans), un nom qui compte dans le giron continental, récemment couronné meilleur rebondeur de Liga Endesa.

Si la JL Bourg souhaitait un capitaine de route pour sa découverte de l’EuroCup (dès ce soir, à 18h, sur le parquet du Bahcesehir Istanbul), elle aurait difficilement pu rêver mieux. Sacré en 2017 avec Malaga, élu dans le meilleur cinq en 2015/16 alors qu’il évoluait à Gran Canaria, le géant de Tuzla connait la seconde compétition européenne sur le bout des doigts. À tel point qu’il en a intégré le Hall of Fame puisqu’il a été honoré pendant le confinement comme l'un des meilleurs joueurs de l’histoire de l’EuroCup. Alors oui, voir un joueur d’un tel pedigree s’engager avec Bourg-en-Bresse dans la force de l’âge a de quoi surprendre. Il n’y a qu’à lister l’historique des précédentes destinations d’Alen Omic pour s’en rendre compte : l’Anadolu Efes Istanbul, l’Étoile Rouge de Belgrade, Milan… Que des grands noms ! De là à dire que la JL Bourg peut désormais prétendre appartenir à ce gotha européen ? Non, bien sûr que non. Mais tout de même une nouvelle preuve de la dimension insoupçonnée qu’est en train de prendre le club du président Desbottes, et de son attractivité nouvelle pour des pointures du Vieux Continent. Qu’il parait loin le temps, pas si éloigné d’ailleurs, où les joueurs burgiens étaient obligés de s’entraîner avec un pull en plein hiver dans la salle Amédée-Mercier tant le froid était saisissant dans les entrailles du hangar…

Né en Bosnie-Herzégovine, Alen Omic a pourtant failli échapper à son destin de basketteur. Son père, un ancien tireur d’élite de l’armée bosnienne, le suppliait de se mettre à la balle orange mais le jeune Alen, trop fasciné par les exploits de David Beckham et Ronaldinho, ne jurait que par le football. À 14 ans, sa vie bascule à l’occasion d’une simple visite médicale : alors qu’il pointe déjà à 195 centimètres, le docteur lui annonce qu’il pourrait atteindre la barre des 2,15 mètres ! « Si seulement je me souvenais du nom de ce médecin, je l’honorerais avec beaucoup de choses », disait-il à Sportal en 2017. « C’est à ce moment-là que je me suis dit que je devrais jouer au basket. » Dix jours d’initiation chez lui, à Tuzla, avant que son père ne l’envoie en Slovénie, à Črnomelj, pour qu’il puisse y bénéficier de meilleures structures de formation. Le début d'une success-story intégralement façonnée en Slovénie. « Je l’ai vu jouer pour la première fois quand il avait 16 ans », témoigne Tilen Jamnik, journaliste slovène pour MMC RTV. « Et je peux dire qu’il a vraiment tiré le maximum de ses capacités. Il a effectué des progrès incroyables au fil des années, ce qui lui a permis de réaliser une très belle carrière. »

Un parcours haut de gamme qui l’a déposé en travers du chemin de la Chorale de Roanne en ce dimanche 27 septembre. Plutôt convaincant dans son rôle de point de fixation de l’équipe burgienne au terme de ses deux premières apparitions en Jeep ÉLITE (12 points à 71%, 5,5 rebonds et 2 passes décisives pour 15,5 d'évaluation), Alen Omic nous a retrouvés au bord du parquet d’Ékinox, une fois douché et changé. Le bonhomme ne laisse pas indifférent : sacoche Louis Vuitton autour de la taille, montre Rolex ostensiblement affichée au poignet, l’international slovène (19 sélections) semble incarner la confiance personnelle. Le regard est perçant, le ton assuré, le débit rapide, les paroles autoritaires et spontanées. Son accent sent bon les Balkans, et renforcerait presque le charisme qui se dégage du personnage... « C’est vraiment un bon mec », assure Tilen Jamnik. « Il a une personnalité sympa. » Et un passé de winner aussi. Cela tombe bien, entre deux mises en exergue de sa valeur préférée, « le combat », Alen Omic n’a que ce mot-là à la bouche : débarqué à Bourg-en-Bresse au volant de sa propre voiture depuis Ljubljana, il est venu dans l’Ain pour gagner, et c’est tout.

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Alen Omic, le plus gros CV jamais recruté par la JL Bourg
(photo : Christelle Gouttefarde)

Alen, cela fait maintenant deux semaines que vous êtes arrivé à Bourg-en-Bresse. Comment vous sentez-vous ?

Très bien ! Quand je parle à ma femme ou à mes amis en Slovénie, je leur dis que j'aime vraiment beaucoup cet endroit. Il y a plein de critères qui sont réunis : l'équipe vit très bien, le club est parfaitement géré et me fournit tout ce dont j'ai besoin. Quand je vois comment tout le monde travaille, de Arafat (Gorrab, l'intendant) à Fred (Sarre) en passant par le coach, et est aux petits soins pour aider les joueurs, je me dis que c'est vraiment du haut niveau ici ! C'est une organisation de standard EuroLeague.

Bien sûr, la JL Bourg est un club européen maintenant mais il n'empêche que vos chemins n'étaient pas destinés à se croiser aussi tôt. Il y a seulement trois ans, quand vous remportiez l'EuroCup avec Malaga, Bourg était encore une équipe de seconde division française...

Il y a toujours des surprises dans la vie ! Ce club est en progression constante. Ils sont passés de la Pro B à l'EuroCup et c'est ce qu'il faut retenir. Il faut oublier le passé. Aujourd'hui, nous sommes en EuroCup, il faut se concentrer sur ça. C'est très important pour l'équipe, pour la ville entière. Nous aurons besoin de nos supporters lors de tous les matchs, j'ai vraiment apprécié de voir la salle pleine ce soir contre Roanne. Notre public est génial, on aura besoin de lui en tant que sixième homme en Jeep ÉLITE et en EuroCup.

Comment en êtes-vous arrivé à signer à la JL Bourg en cette fin d'été ? Le marché était-il plus compliqué qu'à l'accoutumée à cause du Covid ?

Quand mon agent m'a parlé de Bourg, je n'ai pas trop réfléchi. J'ai conscience que la situation est vraiment délicate en Europe, c'était compliqué de pouvoir prétendre signer un énorme contrat ou rejoindre une équipe prestigieuse. Mais me retrouver à la JL Bourg n'est absolument pas un pas en arrière pour moi, vraiment pas. C'est un club d'EuroCup, on va affronter certaines des meilleures équipes de la compétition, dignes d'un Final Four : le Partizan Belgrade, Venise, l'UNICS Kazan...

« Un jour, vous pouvez être à Bourg et le lendemain à Barcelone »

Il n'empêche que cela reste une surprise de vous voir ici...

C'est la vie, il faut être préparé à tout. Un jour, vous pouvez être à Bourg et le lendemain à Barcelone. Il faut s'attendre à tout. Parfois, il y a des surprises dans la vie mais personnellement, j'aurais été surpris si je n'avais pas joué à un haut niveau de basket cette saison. Or, ici, je vois bien que c'est du haut niveau.

À quel point Danilo Andjusic a-t-il été important dans votre signature ici ?

On se connait depuis presque 10 ans, nous sommes de bons amis. Avant de m'engager, je l'ai appelé et il m'a longuement parlé du club et de l'équipe. L'entente collective hors-terrain est primordiale à mes yeux. S'il y a des problèmes relationnels entre les joueurs, cela se traduira forcément en match aussi. Si c'est pour me retrouver embourbé dans une telle situation, je préfère rester à la maison. Danilo ne m'a dit que des bonnes choses donc ça m'a convaincu. Heureusement, depuis que je suis arrivé, j'ai pu voir qu'il ne m'avait pas menti (il rit).

Et j'imagine que c'est rassurant de voir que Danilo Andjusic a prolongé son contrat ou qu'un joueur étranger majeur comme Zachery Peacock est là depuis cinq ans...

Tout à fait ! Danilo a voulu rester car il se sent bien à Bourg, sa famille s'y plait aussi. Ce sont nos deux meilleurs joueurs, il faudra qu'on se batte sur le terrain et qu'on suive leur exemple lors de chaque match.

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Troisième joueur le plus grand de Jeep ÉLITE derrière Victor Wembanyama et Moustapha Fall,
Alen Omic devra souvent faire face à des pivots plus légers comme Juvonte Reddic
(photo : Jacques Cormarèche)

Après deux matchs, quelles sont vos premières impressions concernant le championnat de France ?

J'aime bien ! Cela dit, c'est différent de ce que j'ai pu connaître. Je n'ai disputé que deux rencontres de Jeep ÉLITE mais j'ai déjà pu voir à quel point les joueurs sont athlétiques et engagés. Et il y a un autre point important : en France, les supporters respectent le jeu. J'ai joué pour le Red Star dans le passé et j'ai vu des trucs de fou dans les tribunes en plein milieu des matchs. Au moins, ici, je sais que je n'aurai pas à me préoccuper de cela.

Vous mesurez 2,16 mètres. Or, la Jeep ÉLITE est souvent le terrain de jeu privilégié des petits pivots athlétiques...

Ce n'est rien de nouveau pour moi. J'ai joué quatre saisons en EuroLeague, cinq en EuroCup (six en réalité, ndlr) : j'ai déjà eu l'occasion d'affronter tout type de joueurs en défense. Même si je me retrouve face à un meneur après un switch, ou que je dois défendre sur des intérieurs plus petits, je ferai de mon mieux. OK, il y aura sûrement des erreurs, je me ferai peut-être avoir sur leur vitesse mais j'arrive toujours à analyser les actions pour faire mieux quand la même situation se représente ensuite.

Mercredi à Nanterre puis ce dimanche contre Roanne, nous avons pu voir des séquences qui laissent penser que vous pouvez être une force dominante en Jeep ÉLITE. Mais on vous a aussi vu souffrir physiquement. Savo Vucevic vous estime à seulement 60% de vos capacités. Et vous ?

Je me suis entraîné tout seul pendant un mois et demi, c'est compliqué de s'entretenir individuellement sans faire du cinq contre cinq. Maintenant, je suis en meilleure forme. Je pense que je suis à 80 - 85% de mes capacités physiques. Dans une semaine, tout sera réglé, comme si j'avais participé à toute la présaison avec l'équipe.

« Je suis surpris de voir Peacock entamer sa sixième saison à Bourg,
c'est un joueur de calibre EuroLeague »

Dans votre carrière, vous avez déjà disputé 155 matchs européens. La JL Bourg participera à son premier mercredi à Istanbul. Ressentez-vous une excitation particulière au sein du club en ce moment ?

Premièrement, nous allons à Istanbul pour gagner. On n'y va pas pour hisser le drapeau blanc en signe de soumission. Avoir remporté nos deux premiers matchs en Jeep ÉLITE nous donne énormément de confiance. Nous voulons gagner à Istanbul, nous voulons montrer à toute l'Europe que la JL Bourg ne sera pas une proie facile. Pour répondre à votre question, peut-être... Le club est novice à cette échelle : peut-être que des joueurs seront surpris de découvrir certaines choses en EuroCup. Mais pas moi, je sais ce qui nous attend en EuroCup. Ce sera nous contre le reste du monde : contre une autre équipe, contre les supporters adverses, contre les arbitres. Bien sûr, ce sera différent à la maison. Si notre salle peut être pleine lors de chaque match, je suis persuadé que l'on jouera bien mieux à domicile.

Ce soir (dimanche), surtout quand l'équipe traversait des passages à vide, on vous a vu très actif sur le banc, particulièrement vocal avec vos coéquipiers...

(il coupe) Tout à fait ! C'est mon état d'esprit. Je serai toujours comme cela. Je serai toujours à fond, sur le banc ou sur le terrain, pour que mes coéquipiers jouent mieux. Je ne suis pas venu ici pour jouer pour mes statistiques. Je suis venu ici pour gagner. Si nous gagnons la plupart de nos matchs et que nous pratiquons un bon basket, je n'aurai pas à me questionner où je jouerai la saison prochaine. Je le dis par expérience : si vous faites partie d'une équipe performante, vous signerez forcément un bon contrat ensuite.

Au sein de ce club si inexpérimenté à ce niveau, vous vous sentez investi d'une responsabilité particulière à cet égard ?

Oui (il le répète trois fois). Je sais que je dois encore fournir du travail supplémentaire, qu'il me manque 7 à 10 jours avant d'être à 100%. Mais dès que je serai en pleine possession de mes moyens, tout va changer. En Jeep ÉLITE, je suis encore en phase d'observation : c'est un jeu différent et je me dois de suivre l'exemple des joueurs qui connaissent déjà le championnat. J'assumerai plus de responsabilités en EuroCup, je prendrai plus le jeu en mains. J'essayerai d'être un leader, de tirer tout le monde vers le haut. Par exemple, si l'on refait la même chose que ce soir, à savoir dilapider une avance de 20 points, l'issue du match ne sera pas forcément la même en EuroCup que contre Roanne.

Qu'est-ce que vous pensez de votre groupe en EuroCup ? Sur le papier, c'est particulièrement relevé...

Oui, c'est une poule très difficile. Ce ne sont que des grandes équipes : le Partizan, Kazan, Venise, Badalone... Mais nous avons de bons joueurs aussi. Par exemple, mon capitaine (Zachery Peacock). Je lui ai demandé pourquoi il n'avait jamais joué de compétition européenne auparavant. Quand je vois son niveau et son éthique de travail à 32 ans, c'est impressionnant. Prenez Danilo aussi : OK, il a eu des problèmes dans le passé mais il a déjà défendu les couleurs des grandes équipes et il joue maintenant le meilleur basket de sa carrière. S'il continue comme cela, je suis persuadé qu'il évoluera prochainement dans un très grand club. Bien évidemment, le Top 16 est l'objectif de toute l'équipe. Mais pas seulement. Je ne suis pas venu à Bourg juste pour le Top 16. Si c'était mon objectif, j'aurai signé un contrat de trois mois. Or, j'ai dit oui pour un an de contrat. Si l'on va au Top 16, je n'aurai pas d'autres choix que de viser le titre.

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Alen Omic et Zack Peacock, les deux hommes forts de la JL Bourg
(photo : JL Bourg)

Vous n'avez pas de clause de sortie dans votre contrat en cas de non-qualification pour le Top 16 ?

Je me concentre seulement sur Bourg.

Vous dites que vous avez été surpris par Zachery Peacock ? Vous ne le connaissiez vraisemblablement pas avant d'arriver ici ?

Pas du tout. Je suis surpris qu'il entame sa sixième saison à Bourg. Je vois qu'il tourne à 20 points de moyenne, que c'est un très bon défenseur, qu'il aide tout le monde en dehors du terrain... Je lui ai demandé pourquoi il n'était jamais allé voir plus haut. Il m'a répondu que c'était comme ça, que c'était sa vie, qu'il ne pouvait pas changer le passé et qu'il se battrait jusqu'au bout pour ce club. Mais personnellement, je sais que c'est un joueur de calibre EuroLeague. Quand je vois son niveau de jeu, la qualité de sa défense ou son adresse aux tirs, je le dis clairement : il peut facilement jouer en EuroLeague. Mais lui et moi avons fait des choix différents dans la vie. Tout le monde suit son propre chemin.

Et quelle est votre impression sur Thibaut Daval-Braquet, le jeune pivot de la JL Bourg que vous côtoyez tous les jours à l'entraînement ?

Il est jeune, il découvre encore beaucoup de choses. Zack Peacock est toujours sur son dos, je le pousse beaucoup aussi mais on doit procéder étape par étape. Il est encore inexpérimenté, il a été embêté par des blessures : il a besoin de temps mais je pense qu'il nous aidera beaucoup à l'avenir.

« Si l'on bat Badalone, je payerai le dîner pour toute l'équipe »

Quand on jette un coup d'œil sur votre CV, on voit beaucoup de clubs prestigieux. On voit des trophées. Et la ligne qui brille le plus fort, c'est le triomphe en EuroCup avec Malaga en 2017. Est-ce votre plus beau souvenir ?

Oui, c'était génial ! Je suis arrivé à Malaga mi-janvier et je me suis vite rendu compte que la situation était tendue entre l'équipe et le coach. On s'entraînait beaucoup et les joueurs restaient silencieux ensuite dans le vestiaire, tant ils étaient tous fatigués. J'ai essayé de redynamiser tout le monde. Je leur ai répété qu'il fallait trouver un supplément d'âme car si on se faisait sortir en EuroCup, on aurait une semaine entre chaque match et donc qu'on allait se faire tuer six jours par semaine aux entraînements. Et on a gagné l'EuroCup ! C'était incroyable... Personnellement, j'avais été prêté par l'Efes Istanbul à Malaga donc j'étais prêt à retourner en Turquie pour la saison suivante. En 24 heures, tout a changé. Ils m'ont appelé en me disant qu'ils avaient trouvé un nouveau pivot (Vladimir Stimac), que je n'entrais plus dans les plans et qu'il fallait que je me trouve une nouvelle destination. J'ai voulu rester en EuroCup, ça a été chose faite avec l'Hapoel Jérusalem mais j'ai décidé de partir après quelques mois car tout était trop différent là-bas. Par exemple, il y a une règle qui impose aux clubs d'avoir deux Israéliens en permanence sur le parquet. Ça ne m'a pas plu. Je me suis retrouvé ensuite à l'Étoile Rouge de Belgrade, en EuroLeague. C'était une super expérience, j'ai adoré jouer pour le Red Star, ils m'ont beaucoup aidé et ils m'ont remis en confiance.

Oui, on voit aussi que vous n'avez pas connu beaucoup de stabilité ces dernières saisons. N'est-ce pas quelque chose que vous recherchez ?

En effet, j'ai beaucoup changé. Pour moi, je veux toujours jouer. Si je n'ai pas de temps de jeu, j'aurais toujours envie d'aller voir ailleurs. Prenez l'exemple de l'Étoile Rouge : ils m'ont donné ma chance, j'ai joué et j'ai terminé MVP de la finale du championnat de Serbie. J'ai prouvé que lorsqu'on me donnait beaucoup de minutes, j'étais capable de jouer avec beaucoup de confiance. Pour moi, je suis toujours jeune, je n'ai que 28 ans et j'ai besoin de jouer. Quand vous cirez le banc, c'est différent : vous perdez de la confiance, vous entrez dans un match avec beaucoup de nervosité, vous essayez de faire des choses qui vous dépassent sur le terrain afin de rester un peu plus longtemps sur le parquet... C'est pour cela que j'ai souvent changé d'équipe en cours de saison. Et à vrai dire, je ne crois pas que cela compte beaucoup aux yeux des gens.

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L'EuroCup avec l'Unicaja Malaga de Daniel Diez, le sommet d'une carrière
(photo : EuroCup)

Milan reste votre dernière expérience en EuroLeague, au printemps 2019. Vous avez tourné à 2,5 points de moyenne avec l'Olimpia. Est-ce uniquement à cause de cela que vous n'avez pas pu retrouver de contrat sur la grande scène depuis ?

Au début de la saison 2018/19, j'étais au Monténégro avec le Buducnost Podgorica. On faisait des bonnes choses en EuroLeague, on a battu le CSKA Moscou ou Vitoria à domicile. Et autour du Nouvel An, j'ai reçu un appel de Milan qui avait des problèmes avec ses pivots. Ils proposaient pratiquement 200 000 € de buy-out à Podgorica, c'était une offre qu'il fallait accepter sans réfléchir. Quand j'étais jeune, je rêvais d'aller à Milan. Je n'ai pas dormi pendant trois nuits après avoir reçu leur proposition. C'est l'une des meilleures équipes d'Europe, j'étais tellement heureux de jouer là-bas. Puis après deux mois, le pivot titulaire (Kaleb Tarczewski) est revenu de blessure. C'est quelqu'un que je respecte, il a plusieurs années de contrat à Milan, que pouvais-je faire ? Je me suis contenté de m'entraîner dur et d'attendre ma chance pendant le reste de la saison.

Vous sortez d'une saison 2019/20 assez convaincante sous les couleurs de Badalone mais votre ancien coach, Carles Duran, s'est ensuite épanché dans la presse locale, indiquant qu'il s'était laissé déborder par votre caractère et celui de Klemen Prepelic...

Je n'ai rien à dire à ce sujet. On verra bien les résultats de Badalone cette saison sans moi et certains des autres leaders de l'équipe. Peut-être que ça va moins bien se passer... Je ne me suis pas vraiment senti offensé par ce qu'il a dit dans les journaux car je sais quel type de personne je suis, comment je me comporte sur le terrain ou sur le banc. Allez demander au coach Savo (Vucevic) ce qu'il pense de ma personnalité. Ou appelez donc Aito Garcia (Reneses, son entraîneur à Gran Canaria), Simone Pianigiani (à Milan), Dusan Alimpijevic (à l'Étoile Rouge), Aleksandar Dzikic (à Podgorica)... Vous verrez qu'ils n'auront rien de mal à dire sur mon caractère. En fait, je dirige beaucoup les autres joueurs. Par exemple, ce soir, vous avez peut-être vu que j'ai pris Benitez à partie sur le terrain (après une incompréhension entre les deux joueurs, Hugo Benitez lui a envoyé une passe dans le vide qui a fini en retour en zone et Alen Omic l'a vertement tancé au beau milieu de la salle, ndlr). Mais c'est un jeune joueur, je serai toujours comme ça et je fais ça pour lui, pour qu'il progresse. Si c'est pris de manière négative, je suis désolé mais il faut qu'on arrête de jouer au basket. Regardez l'EuroLeague et les explications houleuses qu'il peut y avoir entre les coachs et les joueurs, à quel point ça peut s'engueuler sur le terrain. Pour moi, ce n'est pas un problème quand je vois ça, ils le font uniquement pour gagner. Dans le vestiaire, je suis allé voir Benitez pour lui dire : « Mon ami, écoute moi, je suis ici pour t'aider. Il faut que tu annonces plus clairement les systèmes, je veux savoir ce que tu vas faire. Quand tu joueras dans la salle du Partizan et qu'il y aura 10 000 personnes dans les tribunes, on n'entendra rien sur le parquet. » À mes yeux, c'est positif à son égard quand je fais ça. À Badalone, oui, j'étais souvent avec Klemen (Prepelic) et Nenad Dimitrijevic parce qu'on parle la même langue et qu'on aimait aller boire un café ensemble. Si c'était un problème pour le coach Carles, je n'ai aucun commentaire à faire. Mais je le verrai dans dix jours (la JL Bourg reçoit Badalone le mercredi 7 octobre, ndlr). Je vais le saluer et lui demander comment il va. Je n'ai rien contre lui, ni contre mes anciens coéquipiers qui sont de très bons joueurs et de belles personnes, ni contre le club de Badalone.

Il n'empêche que cela sûrement un match un peu particulier pour vous non ?

Bien sûr ! J'ai vraiment envie de gagner ce match. Quelques jours avant, dans le vestiaire, je dirai aux gars que si l'on bat Badalone, je payerai le dîner pour toute l'équipe. Mais je le répète, je n'ai pas de rancœur contre le coach. Ce qu'il a dit dans les médias ne m'a pas causé du tort. Sinon, je n'aurais pas signé un contrat avec la JL Bourg, aucun club n'aurait voulu me recruter cette saison. Savo n'a eu que des très bons échos sur moi. Mais c'est comme ça, c'est la vie.

La vexation de l'EuroBasket 2017 :
« La sélection slovène, c'est terminé pour moi »

Vous possédez la nationalité slovène. La Slovénie est un petit pays sur la carte européenne mais est est en train de devenir une grande nation du sport mondial : on l'a vu au Tour de France avec le doublé Tadej Pogacar - Primoz Roglic, Goran Dragic brille lors des playoffs NBA, Luka Doncic est parti pour une décennie de domination, Jan Oblak est considéré comme l'un des meilleurs gardiens de but au monde... Quel est le secret de la réussite slovène ?

Le peuple slovène est un peuple de battants. La Slovénie est toujours en train de se battre pour sa notoriété en Europe et dans le monde. Oui, c'est un petit pays mais il y a énormément de grands sportifs. En 2017, la Slovénie a remporté l'EuroBasket car ils se sont battus sur le terrain. C'est dans l'ADN des Slovènes. Il y a 2 millions d'habitants dans le pays et peu de possibilités d'emploi : il faut se battre pour trouver un boulot et gagner de l'argent afin d'aider vos enfants, votre femme, votre famille. Si vous restez à la maison, personne ne vous payera. Je suis arrivé en Slovénie quand j'avais 14 ans, j'y vivrai probablement pour le reste de ma vie et je sais que tous mes amis là-bas sont tous des guerriers. Ils se battent pour essayer d'avoir un meilleur boulot. Et cela se traduit dans le domaine sportif : on se bat pour devenir une meilleure équipe. Ça s'arrête là.

Quelle est votre situation vis-à-vis de la sélection slovène ?

J'arrête. Je pense que c'est terminé pour moi.

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Alen Omic a disputé deux compétitions internationales majeures avec la Slovénie :
la Coupe du Monde et l'EuroBasket 2015
(photo : Sébastien Grasset)

Est-ce lié à la décision de vous remplacer par Anthony Randolph en 2017 dans le "rôle" du naturalisé de l'équipe ?

Je n'ai rien à dire là-dessus. J'ai voulu revenir mais ils sont tout le temps en train d'essayer de donner des passeports à d'autres joueurs (en début d'année, la Slovénie a naturalisé Jordan Morgan. L'ancien intérieur de Nantes et du Paris-Levallois, maintenant à Kazan, a honoré ses deux premières sélections en février, ndlr). J'en ai pris acte : s'ils n'ont pas confiance en moi, je ne vais pas revenir avec l'équipe nationale pour de courtes piges. Maintenant, j'ai un enfant, j'ai une femme, je veux profiter d'eux. On n'a qu'une vie, il faut passer du temps avec sa famille. L'équipe slovène veut toujours changer de système, ils utilisent la législation FIBA pour s'adapter selon leurs besoins de l'instant T, selon ce qu'il leur fait : un ailier-fort, un petit pivot ou un vrai big man comme moi... Mais ça ne me concerne plus : je suis maintenant à Bourg et je me concentre uniquement sur ma nouvelle famille blanche et rouge.

Mais à ce moment précis, en 2017, ce fut la bonne décision : avec Anthony Randolph dans ses rangs, la Slovénie a remporté l'EuroBasket...

Tout à fait. C'est super pour le pays, et ce fut bénéfique aussi pour les joueurs. Après la médaille d'or, certains ont signe de très bons contrats (comme Klemen Prepelic avec le Real Madrid, ndlr). Comme je vous l'ai dit, quand vous vous battez, quand vous gagnez, vous trouverez une bonne situation ensuite. Si vous êtes paresseux, personne ne prêtera attention à vous.

 

Journaliste basket de référence en Slovénie, Tilen Jamnik nous a fourni plus de détails quant à la situation entre Alen Omic et sa fédération nationale :

« Alen Omic a pris part aux qualifications pour l'EuroBasket en 2016 et il a été extrêmement déçu de ne pas être sélectionné pour la compétition suite à la naturalisation d'Anthony Randolph. Il a vraiment été touché par cette décision. Même s'il compte aussi officiellement comme un joueur naturalisé, sa situation est différente : il est arrivé de Bosnie-Herzégovine à 14 ans et a pratiquement démarré le basket à 14 ans. Il a toujours dit que remporter une médaille d'or avec la Slovénie était l'un des objectifs de sa carrière mais à l'instant T, Anthony Randolph était meilleur et l'équipe nationale avait plus besoin d'un profil comme lui. Même si la Slovénie a eu de formidables ailiers-forts dans le passé comme Matjaz Smodis, Erazem Lorbek ou Bostjan Lachbar, il n'y en avair plus du tout en 2017. Or, il y avait déjà un pivot avec Gasper Vidmar. Anthony Randolph a donné une nouvelle dimension à cette équipe, il a été l'un des éléments clés de la campagne et je suis persuadé qu'il n'y aurait jamais eu de médaille d'or sans lui. Le quart de finale contre la Lettonie en est la preuve : Randolph a fait du super boulot en défense sur Kristaps Porzingis.

Après l'EuroBasket, la fédération slovène a repris contact avec Alen Omic. Mais de ce que je sais, il veut un ticket garanti dans l'équipe. Or, la sélection vient de recruter un nouvel Américain naturalisé : Jordan Morgan, qui a joué une année avec l'Olimpija Ljubljana. Ils ont coisi de lui donner un passeport car les joueurs d'EuroLeague ne peuvent pas prendre part aux fenêtres FIBA. »

01 octobre 2020 à 20:30
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