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ITW FRÉDÉRIC BOURDILLON, CHAMPION AVEC LE CLUB DE SES RÊVES : "UNE IMMENSE FIERTÉ"

Crédit photo : maccabicoil

Supporter du Maccabi depuis ses plus jeunes années, Frédéric Bourdillon a vécu un rêve éveillé en ce début d'été. Pas du tout destiné à évoluer à un tel niveau, l'Antibois vient pourtant d'être sacré champion d'Israël avec le mythique club de Tel-Aviv. Et maintenant, il n'espère plus qu'une chose : prolonger sa belle aventure.

Prenez le 6 mai 2012 : ce soir-là, les New York Knicks remportaient leur premier match de playoffs depuis 2001 contre le futur champion NBA, Miami (89-87). Face aux coéquipiers de LeBron James, Carmelo Anthony avait mené la charge (41 points), parfaitement secondé par Amar'e Stoudemire (20 points et 10 rebonds). Quelques heures plus tard, Frédéric Bourdillon allait lui aussi vivre une belle satisfaction professionelle, l'un de ses premiers matchs références en carrière. Mais à une toute autre échelle. À l'époque meneur de Charleville-Mézières, il avait malmené Cognac (73-65) lors de la dernière journée de la saison régulière de Nationale 1 avec 15 points et 3 passes décisives. C'est dire si le sextuple All-Star NBA et l'ancien meneur de Rueil n'étaient pas destinés à évoluer ensemble. À gagner ensemble, même. Mais c'est bien ce qui vient de se passer.

Après avoir progressivement monté les échelons de la hiérarchie du basket français, notamment avec son club de cœur, Antibes, atteignant les 17 minutes de moyenne en Jeep ÉLITE en 2016/17 (3,8 points à 33% et 1,9 passe décisive), Frédéric Bourdillon (1,93 m, 29 ans) a vu sa carrière prendre une toute autre dimension à l'été 2017 lorsqu'il a décidé de faire son alya (acte d'émigration vers Israël pour un Juif) et de s'engager avec le Maccabi Haifa. Au fur et à mesure des mois, il est devenu un élément solide de Winner League, jusqu'à taper dans l'œil du géant national, le Maccabi Tel-Aviv, grâce à une campagne d'EuroCup très réussie sous les couleurs du Maccabi Rishon LeZion (12,3 points à 55%, 2,3 rebonds et 1,5 passe décisive).

Un rêve pour l'enfant de la cité antiboise qui a grandi dans la peau d'un supporter du Maccabi Tel-Aviv, au point de faire dix heures de route aller-retour pour aller voir le club israélien défier l'ASVEL en EuroLeague. C'était le 18 novembre 2004 et le Maccabi l'avait emporté de justesse à l'Astroballe (85-80), sauvé par le 47 d'évaluation du légendaire Anthony Parker. Il avait alors pu observer de près son idole, Sarunas Jasikevicius, et l'enfant de 13 ans a laissé sa place à un joueur professionnel de 29 ans qui a pu, le temps de deux mois, marcher dans les traces de son modèle.

Signé le 10 juin par le club-nation afin de remplacer John DiBartolomeo, Frédéric Bourdillon a vécu l'expérience la plus forte de sa carrière professionnelle. L'enchantement a pourtant failli tourner court puisqu'une blessure l'a fauché dans son élan juste avant le premier match du tournoi final, contre l'Hapoel Jérusalem, le 29 juin. Mais le vainqueur de la Leaders Cup Pro B 2015 a réussi sa course contre la montre, revenant à temps pour disputer les playoffs, s'offrant trois courtes apparitions sous le mythique maillot du Maccabi (3 minutes de moyenne) et une place de choix sur les photos du 54e trophée national du club telavivien. Une semaine exactement après ce sacre, bracelet jaune du Maccabi au poignet, le champion d'Israël nous a reçus sur son magnifique toit-terrasse à Antibes, dominant la Baie des Anges. Lui aussi était toujours sur son nuage...

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La bague de champion d'Israël et le soleil antibois : Fred Bourdillon est prêt à passer de bonnes vacances
(photo : Alexandre Lacoste)

Frédéric, si on t’avait dit il y a six ans quand tu étais encore en NM1 avec Rueil que tu allais être champion d’Israël avec le grand Maccabi Tel-Aviv, l’aurais-tu cru ?

Non. C’était juste un rêve, c’était dans un coin de ma tête. Après, c’est vrai que le chemin parcouru depuis tout ce temps a été long, ça n’a pas été facile mais ça rend l’histoire encore plus belle justement. Je prends encore plus de plaisir, je savoure davantage et j’espère que ce n’est pas fini. Mais oui, tout ce qui vient de m’arriver est complètement fou. C’est beau surtout.

Tu as été pris dans un tourbillon ces deux derniers mois…

C’était incroyable. Tant au moment de la signature que du titre, j’ai reçu un nombre incalculable de messages. Ça continue encore là, c’est tous les jours. Et je n’ai pas pu répondre à tout le monde… Pareil, dès que je vais en ville, tous les gens que je croise me félicitent, me disent que je le mérite, etc.

En France, le grand public se rappelle surtout de toi comme un joueur de rôle à Antibes. En quoi as-tu évolué depuis ton départ en Israël en 2017 ?

Beaucoup de choses ont changé à partir du moment où j’ai signé à Eilat, sous les ordres de Sharon Drucker, un coach qui a gagné l’EuroCup (l'ULEB Cup en 2004 avec Jérusalem, ndlr). Il m’a donné du temps de jeu et beaucoup de responsabilités. La saison suivante, je suis resté à Eilat, j’étais dans le cinq lors de tous les matchs, je jouais 25 minutes et on a été jusqu’en demi-finale où l’on a perdu contre le Maccabi justement (83-85). C’est à partir de ce moment-là que mon statut a évolué, que j’ai commencé à gagner du respect en Israël. Après, j’ai gardé le même jeu : mon énergie défensive et mon adresse à trois-points restent mes principales qualités. Je n’ai pas changé énormément de choses, c’est juste que l’on m’a donné plus de responsabilités.

Il y a beaucoup de joueurs français partis en exil qui mettent cela en avant, qui affirment qu’ils sont plus épanouis à l’étranger car on leur fait plus confiance…

Partir à l’étranger, ça arrive souvent et ça marche souvent surtout ! Parfois même, ils arrivent à exploser dans des championnats plus forts que la Jeep ÉLITE alors qu’ils n’étaient pas reconnus en France. C’est dommage dans un sens de voir tous ces joueurs partir, mais c’est bien aussi car ça fait de la promotion pour le basket français et la formation tricolore. Personnellement, je conseille à tout le monde de partir au moins un an à l’étranger. C’est bien de goûter à une culture différente, à un autre championnat et ça donne beaucoup d’expérience et de belles choses à vivre.

« Fais tes valises, tu pars demain pour Tel-Aviv »

Quitter la France pour Israël en 2017, ça a été la meilleure décision de ta carrière ?

Ah oui oui, complètement. Ça a été un choix super rapide et j’étais déterminé à y aller. Julien (Espinosa) m’avait proposé de rester quelques années supplémentaires à Antibes mais je voulais aller dans un endroit où personne ne me connaissait, où personne n’allait me juger sur ce que j’ai fait ou qui j’étais. Donc oui, je ne pouvais pas faire un meilleur choix.

Comment s’est effectué le cheminement de ta réflexion sur ce départ ?

J’avais un coéquipier à Antibes, Tre Simmons (champion d’Israël en 2008 et en 2009, ndlr), à qui je posais plein de questions, tant sur le championnat que sur la vie là-bas. Et au bout d’un moment, il m’a demandé : « Mais pourquoi tu me poses toutes ces questions, qu’est ce qui t’intéresse ? » Et je lui ai dit que ça me plairait bien d’aller tenter ma chance là-bas et que j’étais juif par ma mère. C’est lui qui m’a appris que je pouvais obtenir mon passeport israélien en trois mois et il m’a donné le contact de son agent. Donc c’était un peu une destinée… J’ai fait mon passeport et j’ai signé. J’ai la double nationalité mais je ne suis pas compté comme un joueur formé localement en Israël. Il y a beaucoup d’Israéliens naturalisés maintenant donc leur nombre est limité dans les équipes.

Même si tu n’avais pas signé au Maccabi, cette saison aurait déjà été une vraie réussite pour toi non ? Tu as découvert l’EuroCup avec le Maccabi Rishon LeZion et tu y as surtout été performant…

Exactement. J’ai pris des risques l’été dernier en refusant beaucoup de clubs qui ne jouaient pas de Coupe d’Europe. J’aurais pu me retrouver sans rien. J’avais 28 ans, je sentais que j’étais prêt dans ma tête à jouer l’Europe et je voulais absolument le faire. Ça a été un choix super payant au final, ce fut la bonne décision d’attendre. C’était génial de jouer l’EuroCup, le coach m’a fait confiance dès le début. J’ai joué énormément, j’avais beaucoup de responsabilités et quand tu es en confiance, tout s’enchaîne assez facilement… De plus, l’EuroCup a un style de jeu qui me convient, beaucoup plus adapté à mes qualités. Une fois que j'ai enchaîné les bons matchs, ça m'a juste prouvé que j'étais capable d'évoluer à ce niveau.

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Le 13 novembre, Bourdillon score 15 points contre la Virtus Bologne de Milos Teodosic :
la preuve qu'il peut exister face aux plus grands du continent (photo : Maccabi Rishon LeZion)

Il parait que ta signature avec le Maccabi Tel-Aviv ne s'est vraiment pas jouée à grand chose...

Complètement ! Sans le coronavirus, je n’aurais jamais signé au Maccabi, il faut le dire honnêtement. On avait discuté un peu plus tôt dans la saison suite à la première blessure de John DiBartolomeo mais ça n'était pas allé plus loin. Puis j'ai refusé une proposition de prolongation d'un an et demi de Rishon car je pensais pouvoir aller dans une meilleure équipe. J'ai dit non à plusieurs autres clubs car cela aurait pu me bloquer pour l'année prochaine. Ensuite, début mars je suis reparti en Israël car j’avais un accord avec Nes-Ziona pour la fin de saison. J’ai fait deux jours de quarantaine et ils ont arrêté le championnat donc je suis revenu à Antibes. Ce qui a fait que j'étais libre en juin... Pour la reprise du championnat, mon agent savait que c'était Maccabi ou rien.

Peux-tu raconter le moment où tu as appris que ça allait se faire avec le Maccabi ?

En fait, c’est d’abord sorti dans les médias israéliens, alors que je ne le savais même pas. J’ai commencé à recevoir des messages de partout, je ne comprenais pas trop car mon agent ne m’avait rien dit. On avait parlé mais il n’y avait eu aucune offre. Le soir, il m’appelle et me dit : « Les rumeurs sont vraies, tu as ton contrat, je te l’envoie. Fais tes valises, tu pars demain à Tel-Aviv ». J’étais chez moi avec Isaia (Cordinier), Ben (Monclar) et d’autres potes, j’ai signé sur ma terrasse et je l’ai renvoyé. Les gars étaient super contents pour moi mais je n’ai pas vraiment réalisé jusqu’à ce que j’atterrise en Israël.

Le Maccabi peut donc se permettre de t’envoyer un contrat sans aucune négociation préalable, en étant sûr que tu diras oui ? Ce n’est pas le lot de tous les clubs…

C’est sûr, mais peu de joueurs dans ma situation refuseraient. Voire même aucun. Mais j’avais dit à mon agent que pour un contrat de deux mois au Maccabi, j’irais en prenant un salaire dérisoire. Même pour 1 000€, j’aurais dit oui ! Pour une telle durée de contrat, ce n’était vraiment pas une question d’argent. C’est une opportunité incroyable, ça te met en valeur. Ça me sert puissance 1 000 car c’est un club légendaire. Et c’est aussi utile pour eux car ça leur permet de s’ouvrir sur l’Europe en signant un joueur Français.

« À mes yeux, plus qu'une belle histoire, c'est un rêve »

Qu’est-ce que ça représente pour toi le Maccabi Tel-Aviv ?

(il coupe) Tout ! Quand j’étais petit, mon joueur préféré était Sarunas Jasikevicius. J'avais même fait cinq heures de route de Antibes jusqu'à Lyon pour le voir affronter l'ASVEL. C’était incroyable quand il jouait au Maccabi : l’ambiance était folle, il a gagné l’EuroLeague avec Anthony Parker et Nikola Vujcic, qui est maintenant le manager général de l’équipe. En fait, c’est vraiment la ferveur qui m’a marqué quand j’étais jeune. Le basket est le sport roi en Israël. Les gens sont des vrais fans. Ils ne viennent pas regarder tranquillement un spectacle. Ils sont amoureux du basket, de leur équipe. Évidemment, tout n’est pas parfait là-bas mais la ferveur est beaucoup plus forte qu’en France. Le basket est très puissant, notamment grâce au Maccabi Tel-Aviv, quadruple champion d’Europe et titré à 54 reprises en Israël. C’est le club-nation, une institution connue dans le monde entier. Pour les juifs, il n’y a que le Maccabi qui compte. Et selon moi, c’est un des 4 plus grands clubs de l’histoire de l’EuroLeague. Maintenant, il y a tout qui me plait : je n’ai pas de mots pour décrire l’organisation. La salle est incroyable, il y a deux kinés, deux préparateurs physiques, deux docteurs, cinq assistants-coachs… Tout est fait pour réussir et pour que les joueurs se sentent bien.

Comment est-ce qu'Israël avait organisé la reprise de son championnat ? Toi, tu as dû passer par une phase de quarantaine en revenant à Tel-Aviv non ?

C'est ça. Je passais une heure par jour avec le préparateur physique, puis j’étais avec l’assistant-coach qui me démontait (il rit). C’était une prépa comme à l’époque des équipes de France. C’était super dur, vraiment, mais ça m’a bien fait progresser. Je n’avais pas le droit de voir mes coéquipiers : je venais seul, je m’entraînais seul, je repartais seul. C’était trèèèès long mais ça valait le coup. Le reste du temps, j’étais à l’hôtel. On nous apportait à manger dans la chambre, on n’avait le droit de voir personne, interdiction de sortir. C’était 8 000 dollars d’amende. Amar’e (Stoudemire) est sorti deux fois d’ailleurs, il s’est fait prendre (il rit). C’était valable pour tous les joueurs du championnat, jusqu’à la fin. Leur système de reprise était assez particulier : les quatre premières équipes étaient déjà qualifiées pour les playoffs, le reste se battait pour savoir qui allait en quarts de finale ou qui descendait. Comme on a fini premier de la saison régulière, le Final Four se tenait dans notre salle. Après, c’est sûr que ce n’est jamais facile d’arriver pour à peu près deux mois, d’avoir quatorze jours de quarantaine où il faut s’entraîner seul et d’intégrer un groupe de 15 joueurs uniquement pour les playoffs. Mais je leur ai montré ma façon de m’entraîner, mon éthique de travail et je crois qu’ils ont vraiment apprécié.

Quand tu es arrivé, le coach Ioannis Sfairopoulos t’a-t-il parlé d’un rôle éventuel, ce qu’il attendait de toi ou autre ?

Oui, tout le monde m’a parlé. C’est là où j’ai été super surpris : personne ne m’a pris de haut, ils ont tous été accueillants, aimables. J’ai reçu des conseils de partout, ils m’ont aidé pour tout, sur le terrain ou en dehors. Le coach m’a dit qu’il fallait que je sois prêt. Après que je me sois blessé, il a été très prévenant, m’a dit de ne pas forcer pour ne pas me faire plus mal mais qu’il comptait quand même sur moi. Il savait très bien comment m’utiliser. J’étais à leur service pour ces deux mois.

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Le coach Sfairopoulos a apprécié l'état d'esprit de Bourdillon
(photo : www.maccabi.co.il)

Oui, donc tu t’es blessé juste avant ton premier match ?

C’est ça, aux ischios-jambiers. À l’entraînement, je me tourne la cheville en retombant sur un pied, action banale. Puis j’essaye de reprendre mon joueur qui partait en dribble et sur un slide défensif, j’ai senti mon ischio qui a tiré. Les docteurs m’ont dit que ce serait normalement six semaines, donc saison terminée, mais qu’il fallait voir comment la situation allait évoluer.

Ça a été une immense frustration j’imagine ?

Ah oui, forcément. En plus, ça tombait sur les premiers matchs, avant les playoffs, là où j’étais censé jouer le plus. Après, je l’ai bien pris car si je m’étais juste lamenté sur mon sort, je ne serais jamais revenu. Je suis allé voir les kinés tous les jours, j’ai fait énormément de traitement, j’ai beaucoup travaillé avec le préparateur physique et j’étais remis sur pied en deux semaines. C’était incroyable mais je n’étais pas à 100% non plus. Là, l’ischio me tire encore un peu. Mais je suis revenu, tout le monde a été étonné. Tant mieux !

Tu n’as jamais eu peur de ne finalement jamais porter le maillot du Maccabi en match officiel ?

Si ! J’ai eu peur, vraiment. Dans ma tête, ça a été difficile les deux premiers jours. Je me suis dit que j’avais fait tout ça pour rien, pour ne jamais jouer pour le Maccabi… Mais au final, les choses se sont bien passées.

Et alors, porter le maillot du club de tes rêves comme tu as pu le faire en quart et en demi-finale, c’était comment ?

C’était… (il s’arrête) En plus, je ne m’attendais pas à ce que le coach me fasse jouer dès les quarts de finale car je n’avais eu zéro entraînement. Zéro ! Je ne me suis entraîné qu’une seule fois avec l’équipe au final. Le reste, vu que les matchs étaient rapprochés, c’étaient des étirements, des shoots… J’ai été très étonné de jouer. J’ai donné ce que je pouvais sur les minutes que j’ai eu.

« Dans le vestiaire,
c'est Stoudemire qui amenait les shampooings pour toute l'équipe !
»

Premier Français de l’histoire du Maccabi Tel-Aviv, est-ce anecdotique ou pas pour toi ?

Non… Pour tous ceux qui me connaissent, ils savent que cela représente énormément pour moi. C’est une immense fierté, je suis très heureux d’avoir porté ce maillot car c’est le club de mes rêves. Mon idole a porté le même maillot que moi, a joué sur ce même parquet. À mes yeux, c’est plus qu’une belle histoire, c’est un rêve. Vraiment.

Le Maccabi Tel-Aviv qui est sacré champion d’Israël, ça ressemble finalement à la normalité mais ça a été sacrément disputé. Tous vos matchs de playoffs se sont joués au couteau (2-1 en quart de finale contre l'Hapoel Tel-Aviv, 81-78 en demi-finale face à Galil Gilboa et 86-81 en finale contre Rishon)…

Oui, le Maccabi champion, c’est assez banal (il sourit). Mais on a beaucoup parlé avec le coach de ce qui s’est passé ailleurs : en Espagne, ce n’est ni le Real Madrid ni Barcelone qui a été champion. Idem pour le Bayern Munich en Allemagne. Partout où ça a repris, il y a eu d’énormes surprises. Les conditions sont particulières : tu reprends les entraînements un peu à la va-vite après trois mois d’arrêt. Personne non plus n’est très heureux d’être là car on ne peut pas sortir, on ne peut pas aller faire les courses, on n’a pas le droit de voir nos familles… C’est compliqué. On est heureux de retoucher le ballon pendant la première semaine mais ensuite, les conditions n’étaient pas du tout idéales. Aussi, on jouait à huis-clos et c'est très particulier. Ce n’est pas plaisant du tout. Ils retransmettaient des vidéos de supporters enregistrées pendant des matchs d'EuroLeague pour avoir un fond sonore. Il devait y avoir 40 personnes dans la salle : la presse, l’organisation… Ce n’est franchement pas agréable de jouer dans une salle vide, surtout quand il y a 12 000 personnes normalement. C’est pour cela que je pense que ça a été très disputé. D’habitude, le Maccabi met 20 points à tout le monde en Israël mais là, on ne l’a jamais fait. On a tapé l’Hapoel Tel-Aviv, donc le derby, en quart de finale. C’était très, très chaud. On a gagné la première manche (67-66), on perd la deuxième (72-82) avec, en plus, la star de l’équipe, Scottie (Wilbekin), qui insulte les arbitres et se prend une disqualifiante. On ne l’avait pas pour le Match 3 (83-68). C’était incroyablement tendu mais on est passé. À mes yeux, ce fut les meilleurs matchs contre eux. C’est là où il y a eu le plus de vie.

Peux-tu raconter le titre, et la soirée qui a suivi ?

Après avoir remporté le titre, on a surtout profité un max dans les vestiaires. On est resté à peu près 2h tous ensemble, du petit jeune de 18 ans jusqu’à Amar’e Stoudemire ou Omri Casspi.  Ensuite, on est descendus au VIP où il y avait un DJ. Tous les employés du club étaient là, même le président (Shimon) Mizrahi. On devait être une cinquantaine de personnes. On est allé voir les fans qui étaient dehors. On les a juste vus pendant 5 minutes car on était enfermés derrière une sorte de baie vitrée. Ensuite, le coach a cassé quelques assiettes avec l’assistant car il est Grec, c’est la tradition. Puis Deni Avdija a pris la parole. C’est un enfant du club, il s’en va en NBA et son discours était super émouvant. Puis chacun est rentré chez soi, j’ai fait mes affaires et j’étais à l’aéroport à 5h du matin. Je n’ai pas dormi de la nuit mais ça a été un bonheur immense toute la soirée.

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Dans les vestiaires, le meilleur moment de la soirée
(photo : www.maccabi.co.il)

Est-ce frustrant de ne pas avoir eu droit à une parade ou juste à une célébration avec tous les supporters ?

Bien sûr que oui. C’est frustrant de ne pas profiter avec tous les gens qui nous soutiennent. Ce sont des moments de joies énormes et quand il y a les fans, ça prend encore une autre dimension. Surtout qu’au Maccabi, ce sont des vrais supporters. Par exemple, lors d’un match d’EuroLeague en Allemagne, ils ont ramené 2 000 personnes ! Je ne pensais pas qu’il y avait autant d’engouement. Quand on arrive au Maccabi, c’est un autre monde. Le statut change directement.

Et il n’y a pas de sentiment de lassitude de gagner un titre national pour le Maccabi Tel-Aviv ?

Ah non là, vu le contexte, étant donné que les conditions étaient super difficiles pour tout le monde, je pense que le plaisir était décuplé par rapport à un titre normal. En plus, ils n’avaient pas encore remporté de trophée cette saison et ce n’est peut-être arrivé que cinq fois dans leur histoire. Ils ont perdu la Supercoupe en début de saison contre Jérusalem (83-84 en finale, ndlr). Et ils perdent chez eux en quart de finale de la Coupe d’Israël, qui est aussi importante que le championnat, aussi contre Jérusalem (90-92). L’ensemble du club était remonté, déterminé à gagner ce titre. Alors ça a été un très grand plaisir de le faire. Ce fut un grand soulagement et un grand bonheur de le faire.

Toi, tu as joué trois bouts de matchs, sans réussir à marquer... Tu te sens complètement champion d’Israël quand même j’imagine ?

Je n’ai pas eu l’opportunité de marquer effectivement. Je jouais sur des périodes de 3 à 5 minutes. J’entrais, je ressortais… Mais oui, je me sens vraiment champion d’Israël. Déjà par rapport à ce que j’ai fait à Rishon qui est arrivé jusqu’en finale, j’ai contribué à ce qu’une équipe arrive au top. Deuxièmement, par rapport à mes quinze jours de travail avec l’assistant-coach, c’était vraiment très dur. Puis le fait de me blesser, de revenir, d’être avec le groupe en permanence, même quand ce n’était pas facile. Il y a aussi la façon dont tous les gars se sont comportés avec moi. Je me sens vraiment champion grâce à ça.

Tout cela vient récompenser une progression un peu inattendue pour toi, personne ne s’attendais vraiment à te voir à ce niveau…

C’est clair. Mes amis et ma famille y ont toujours cru mais c’est sûrement inattendu pour beaucoup de monde effectivement. Quand je suis sorti de l’INSEP, je n’ai pas eu l’opportunité de montrer ce que je savais faire, personne ne m’a accordé sa confiance, alors que je pensais avoir effectué trois très bonnes années avec le Centre Fédéral. Je suis redescendu jusqu’en Nationale 1, à Charleville-Mézières et Rueil, où cela s’est très bien passé dans les deux clubs. On m’a donné des responsabilités et c’est grâce à cela que je suis doucement remonté. Maintenant, je savoure encore plus ce qui m’arrive et ça peut montrer à beaucoup de gens que l’on peut partir de très bas et arriver très haut. Et le faire en très peu d’années aussi.

« On discute avec le Maccabi pour la saison prochaine »

Ah, ça doit sembler loin derrière maintenant Charleville et Rueil… Quand tu étais en Nationale 1, Amar’e Stoudemire était lui une star aux New York Knicks !

Ça parait très, très, très, très loin (il sourit et le répète). Quand j’étais à Charleville, Amar’e était All-Star en NBA. C’est sûr que nos chemins n’étaient pas destinés à se croiser. C’est aussi la beauté du sport. Maintenant, je me sens vraiment au niveau. Je pense que j’ai pris énormément d’expérience du fait d’être passé de la NM1 à la Pro B, puis la Pro A, et Israël. De toute façon, on sait qu’il y a beaucoup de joueurs qui deviennent moyens, alors qu’ils pourraient être extraordinaires s’ils avaient eu l’opportunité, la chance et la confiance. Ma force est de ne jamais avoir lâché, d’avoir toujours cru en moi et cela me permet d’en être arrivé ici aujourd’hui.

Il est toujours frais Amar’e Stoudemire ? Il a été élu MVP de la finale…

Après, il n’a pas été comme ça sur toute la saison. Mais oui, quand on a eu besoin de lui, il a été immense en finale. Je parle souvent avec lui, même en ce moment depuis que je suis rentré. Lui, comme les autres cadres de l’équipe (Omri Casspi, Scottie Wilbekin et Jake Cohen), prend soin de tout le monde. Il te dit tes vérités, sans être méchant. Quand tu n’es pas bon, il te le dit, pour t’aider et te montrer que ce n’est pas le bon chemin à suivre. En dehors du basket, ce sont des gens qui vont t’inviter à manger, qui demandent si tout va bien, qui disent à l’intendant de faire bien attention à toi. Dans les vestiaires, quand on allait se doucher après les matchs, c’est Amar’e qui amenait les shampooings pour toute l’équipe ! Jamais tu ne verrais cela en France. Ce gars-là a toujours le sourire, c’est un bonheur de le côtoyer. Je ne sais pas s’il va continuer à jouer au basket, j’espère, mais on a besoin de gars comme ça. En fait, tous, ce sont vraiment des mecs en or. C’est plaisant d’avoir gagné avec des gars comme ça car j’ai beaucoup appris et si un jour je suis amené à transmettre, cela me servira énormément.

Et Scottie Wilbekin, qui évolue sur le même poste que toi, il est comment ?

On n’a fait qu’un seul entraînement ensemble au final, où je défendais sur lui et (Tyler) Dorsey. Mais Scottie, il va tellement vite, c’est incroyable. Il est extrêmement dur à arrêter à cause de ses changements de direction. Et ensuite, il peut shooter de n’importe où. Il a été monstrueux en EuroLeague cette année, c'est aussi pour ça que le Maccabi a été si bon (4e au moment de l'arrêt du championnat, ndlr).

Quel avenir pour Deni Avdija, annoncé comme un premier tour de draft cette année ?

Pour moi, c’est Top 5 de la Draft. Il ne joue pas sur le même poste mais c’est un Doncic en puissance à l’aile. Pour lui, c’est un jeu le basket, pas un métier. Il est vraiment travailleur : il reste 30 – 45 minutes après chaque entraînement, même le petit shooting du matin. Il est très athlétique : il est long, il est grand… Il peut progresser sur le shoot mais il a développé une vraie qualité de tir cette saison. Quand il va au panier, il a le bras au-dessus de l’arceau. En gros, c’est un énorme joueur. À 19 ans, c’est incroyable ce qu’il fait, il est vraiment monstrueux. Pour moi, il est prêt à jouer directement. Je crois que Golden State est très chaud sur lui mais on sait comment ça se passe, on n’est sûr de rien avec la Draft.

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Deni Avdija, ici en jaune, promis à un avenir doré en NBA
(photo : www.maccabi.co.il)

Quels sont tes plans pour la saison prochaine ? Rester au Maccabi Tel-Aviv, est-ce envisageable ?

C’est une possibilité, oui. On est en train de discuter pour voir si c’est possible de continuer l’année prochaine, et dans quelles conditions. Après le titre, le coach m’a dit : « Fred, je vais parler avec ton agent pour la saison prochaine ». Je suppose que cela veut dire qu’il veut me garder mais il n’est pas tout seul à décider. Et il y a beaucoup d’autres paramètres qui vont entrer en compte, en premier lieu le coronavirus et son impact sur les salaires. Mais le Maccabi est ma priorité n°1, il n’y a même pas de débat ! Ensuite, c’est l’Espagne puis Israël avec une Coupe d’Europe.

Le rêve n’est donc peut-être pas terminé ?

Ah non, j’espère qu’il ne fait que commencer ! En tout cas, je sais qu’ils m’apprécient énormément. Les gars de la communication ou du management m’écrivent tous les jours, certains coéquipiers aussi. Ça s’est super bien passé et à part la blessure, ça a été parfait de A à Z.

As-tu eu d’autres contacts, notamment en Jeep ÉLITE ?

Oui, j’ai eu quelques touches mais j’ai dit non car si je reviens en France, c’est pour jouer une Coupe d’Europe avec un contrat sur plusieurs années. Si je n’ai pas de projet sur le long-terme, je reste à l’étranger. Julien (Espinosa) voulait que je revienne à Chalon, j’ai aussi refusé Monaco. J’ai eu le coach (Zvezdan Mitrovic) au téléphone et je sais que c’est un très bon club mais comme je l’ai dit, si je n’ai pas un contrat sur plusieurs années, je ne reviendrai pas. J’ai aussi des contacts en Espagne, mais pas encore de vraies offres pour le moment. En Israël, le marché va commencer d’ici une semaine. Si ça ne se fait pas avec le Maccabi, il y aura d’autres clubs israéliens qui seront intéressés, c’est certain.

« L'EuroLeague avec le Maccabi, mon rêve ultime »

Et si tu découvres l’EuroLeague la saison prochaine avec le Maccabi…

(il coupe) Alors ça, c’est mon rêve ultime ! C’est de faire un match en EuroLeague avec le Maccabi. C’est mon rêve depuis que je suis tout petit. À l’INSEP, on en parlait avec Joffrey (Lauvergne), Léo (Westermann), William (Howard)… Maintenant, on n’est pas loin du tout. Si je resigne… J'ai vu tous les matchs d'EuroLeague à domicile du Maccabi cette saison ! Il y a souvent des joueurs Français qui venaient jouer dans les équipes adverses, ils ont tous été super gentils à me mettre des places de côté. Parce que c'est guichets fermés lors de tous les matchs ! Avec Rishon, j'étais à 20 minutes de voiture de la salle du Maccabi. J'y allais directement après l'entraînement avec mon agent. J'avais des frissons à tous les matchs, c'était fou !

C’est marrant, votre génération a souvent fait part du rêve européen, notamment via Léo Westermann et Joffrey Lauvergne au Partizan Belgrade. Ce n’est vraiment pas quelque chose de courant chez les jeunes pourtant.

Personnellement, j’ai toujours été comme cela. J’ai toujours aimé l’atmosphère. On est d’accord qu’il y a les meilleurs joueurs et les meilleurs athlètes en NBA. Mais je suis désolé, il n’y a pas photo entre regarder un match de saison régulière de NBA ou d’EuroLeague. Si je regarde un match de NBA, c’est juste parce qu’il y a mes potes, c’est la seule raison. Comme ce soir, on va regarder Timothé (Luwawu-Cabarrot) contre Milwaukee. Après, les playoffs, c’est autre chose : le niveau est très élevé, il y a des belles ambiances… Mais la ferveur, la passion et l’intensité autour des matchs d’EuroLeague, on ne voit ça nulle part ailleurs. Ce sont les fans des clubs de foot grecs, turcs, serbes qui viennent aux matchs de basket. C’est incroyable !

D'ailleurs, Léo Westermann, dont tu es très proche, a pu tisser une relation privilégiée avec ton idole, Sarunas Jasikevicius. Vous en avez parlé ensemble ?

Pas énormément. On a juste discuté de son caractère, le fait qu'il vise toujours la gagne. C'est quelqu'un qui est passionné basket, qui vit basket et qui ne met qu'une seule chose par dessus le basket : la famille. Le reste, c'est que c'est quelqu'un de très pointilleux et qui travaille énormément, beaucoup sur les détails. Léo a eu la chance d'être coaché par Saras, je pense aussi que c'est l'un de ses modèles. Je suis très content pour lui, c'est vraiment cool qu'un pote puisse le côtoyer. Et puis on ne sait jamais de quoi l'avenir est fait, peut-être que nos routes se croiseront...

Tu l'as déjà évoqué, mais te voir revenir en France dans quelques temps, c'est aussi largement envisageable ?

Je le dis ouvertement, je veux finir ma carrière à Antibes, c'est clair et net ! C'est chez moi ici. J'ai vécu des choses extraordinaires avec Antibes aussi : la première Leaders Cup Pro B de l'histoire, la montée en Pro A dans une AzurArena qui n'avait jamais été pleine comme ça où je mets le tir qui tue le match dans une ambiance extraordinaire. Donc je veux clairement revenir ici. Et ensuite, une fois que j'aurai arrêté de jouer, j'aimerais racheter le club et faire un vrai projet de formation car il y a tellement d'énormes potentiels sur la Côte d'Azur.

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Fred Bourdillon sous le mythique maillot jaune et bleu : et si la belle histoire se poursuivait en 2020/21 ?
(photo : www.maccabi.co.il

Propos recueillis à Antibes,

09 aout 2020 à 21:00
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