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COACH INDIVIDUEL, LA NOUVELLE PROFESSION DANS LE BASKET FRANÇAIS

Joseph Gomis ASVEL 201718 Sébastien Grasset
Crédit photo : Sébastien Grasset

De plus en plus de techncien s'oriente vers le travail individuel.

Entraîneur, coach, kiné, préparateur physique, mental, nutritionniste... Le monde du sport de haut-niveau est de plus en plus professionnel. Autour des terrains se multiplient les "spécialités" pour permettre aux joueurs et joueuses d'être de plus en plus performants sur les terrains.

Le basketball n'y manque pas. Après avoir été toujours stigmatisé pour son retard, sur les autres disciplines mais surtout le basketball étranger, le basketball français rattrape peu à peu son retard. C'est ainsi que la plupart des clubs de Jeep ELITE ont engagé un préparateur physique à temps plein, même si la marge de progression reste élevée à ce niveau.

Des assistants 100% assistants

"Il est toujours le premier arrivé au gymnase et le dernier à en partir". Vous avez peut-être lu ou entendu cette phrase quelque part au sujet d'un joueur. Car cela commence par là : les joueurs sont de plus en plus demandeurs de travail individuel.

"Les joueurs prennent conscience qu'ils peuvent vraiment progresser s'ils prennent soin de leur corps et de leur jeu", explique Joseph Gomis, ancien joueur professionnel qui s'est expertisé sur le travail individuel.

Dans les staffs professionnels, un assistant s'occupe souvent de cette tâche. A Lattes-Montpellier, Guy Prat a notamment accompagné l'évolution de Gaëlle Skrela, qui a progressé tout au long de sa carrière grâce à ses heures passées seules à la salle à travailler son tir ou son dribble en compagnie du technicien lyonnais.

Si un assistant a le temps de faire cela, c'est parce qu'il n'est plus systématiquement multi-tâches. Traditionnellement en France, l'assistant avait comme double-fonction d'être assistant sur l'équipe professionnelle et en charge de l'équipe Espoirs. Aujourd'hui, un poste d'assistant à temps plein est désormais quasi-systématique en Jeep ELITE.

Début 2018, l'ASVEL a promu l'assistant T.J. Parker - qui s'occupait préalablement du travail individuel - comme entraîneur principal. L'entraîneur des Espoirs Anthony Brossard est lui passé dans le staff de l'équipe de Jeep ELITE (avant d'être remplacé par Pierre Bressant) alors que Joseph Gomis a été recruté. Ancien joueur professionnel, ce dernier n'a aucune expérience d'entraîneur au niveau professionnel. Mais il s'est fait connaître en travaillant avec des joueurs tels qu'Andrew Albicy, Damien Inglis, Louis Labeyrie ou encore Nicolas Batum. Pour travailler avec ce dernier, il s'est souvent rendu aux États-Unis où les séances individuelles sont pratiquées à tous les niveaux. "Déjà parce qu'il y a les infrastructures", rappelle-t-il. En effet, outre-Atlantique, de nombreux coachs possèdent un terrain (parfois seulement un demi) dans un hangar pour faire travailler leurs clients quand ils n'ont pas accès à un gymnase d'établissement scolaire. Autrement, des centres de fitness complets (avec plusieurs terrains en plus des salles de musculations, terrains de tennis, squash, sauna etc.) sont installés partout sur le territoire.

Une influence américaine

C'est en partie cet accès facile aux salles que venait chercher Joseph Gomis lorsqu'il était joueur. A l'intersaison, il se rendait régulièrement à Atlanta ou New York où il n'avait pas de problème pour s'entraîner, contrairement en France.

"En France, les joueurs se plaignent toujours, ils ne peuvent pas travailler ou jouer. C'est super important."

Ce mélange d'expérience l'a aidé dans la construction de sa méthode qu'il a peaufiné en regardant des heures et des heures de vidéo sur le sujet. "J'aurais voulu avoir la connaissance que j'ai aujourd'hui lorsque j'étais joueur."

Ce travail individuel est proposé en deux temps : lors des inter-saisons et pendant la saison. Le camp SEJ à Vichy a longtemps vu des joueurs et joueuses professionnels passés une ou deux semaines l'été sous les ordres de Sylvain Lautié.

Ce qui est nouveau, c'est que ce travail existe également pendant la saison, sous deux formes : soit avec un membre du staff, soit avec un prestataire externe, un « entraîneur en charge du développement des joueurs ». En NBA, James Harden travaille ainsi au quotidien avec un coach, toléré par les Houston Rockets. Désormais, des coachs viennent répondre à une demande spécifique et précise.

Nicolas Perez a ainsi intégré le staff du BLMA en début d'année 2018 en tant que prestataire externe avec pour mission d'accompagner le développement individuel des joueuses.

"Ma présence leur donne la possibilité d’avoir un vrai programme « à la carte » par rapport à leurs besoins ou leurs objectifs. Les dirigeants quant à eux trouvent l’intérêt dans le fait de pouvoir bénéficier de ressources humaine et de compétences supplémentaires sans pour autant consentir un investissement financier quotidien mais quand ils en ont besoin."

Ce dernier explique le processus qui l'a amené à se tourner vers le travail individuel plus que vers le coaching traditionnel, plus collectif.

"Avec le recul des 20 années passées dans l'assistanat en pro, le coaching en championnats de France et la formation, je sais aujourd'hui ce qui me plaît et ce pourquoi je suis le meilleur. Me consacrer à cette composante du développement des joueurs me permet de pourvoir prétendre à travailler avec des joueurs et joueuses de très haut niveau, ce que le coaching classique ne m’aurait pas permis."

Après avoir travaillé avec Pierre Galle, qu'il considère comme "un précurseur en la matière", et d'autres techniciens référencés dans ce domaine (Jean-Louis Borg, Sylvain Lautié et Fred Wiscart-Goetz), il explique comme Joseph Gomis que l'influence étrangère lui a aussi été bénéfique.

"Toute cette expérience, associée à mes voyages à l’étranger (Etats-Unis notamment), m’ont forgé la conviction que travail physique, technique et mental sont indissociables. C’est ce « mix » entre les méthodes européennes et l’intensité américaine qui, je l’espère font de mon travail quelque chose de différents aux dires des athlètes avec qui j’ai la chance de travailler."

Une évolution du sport qui suit une évolution sociétale

Même son de cloche pour Nicolas Gétin, qui organise un camp de travail sur l'adresse chaque été, après avoir longtemps fait partie de staff classique.

"il y a 2 raisons, concernant l'augmentation de la demande. Une concernant le marché, l'autre a rapport avec la nature même du sport professionnel. Je regarde beaucoup ce qui se fait aux Etats-Unis, en ex-Yougoslavie et en Lituanie. Et comme je le dis à qui veut l'entendre : en 2005 quand tu jouais les Etats-Unis tu savais que tu allais faire zone au moins la moitié du temps. Et depuis 2015, est-ce que tu ferais zone contre Curry, Harden et Thompson dans l'autre aile ? A priori ce n'est pas la première option hein ? Ca veut dire qu'en 10 ans les méthodes de "remise en question" des joueurs américains ont énormément progressé et donné des résultats au-delà des espérances. Il faut bien comprendre que ces méthodes sont en train de se répandre au plus grand nombre, donc les joueurs progressent individuellement plus vite qu'avant et donc cela a de plus en plus d'impact sur le marché et ça va encore continuer très fort. Les joueurs ont compris une chose : dans tout métier les experts sont mieux payés que les généralistes. Donc les Américains vont pousser toujours plus loin la spécialisation et ça va créer un écart bientot irréversible si les Européens ne passent pas la vitesse supérieure. La seconde raison est tout simplement liée à la nature du haut niveau : on est dans un contexte de dépassement permanent, comment aller au-delà des limites connues aujourd'hui ? Des joueurs comme Curry et bien d'autres l'ont bien intégré."

Cette demande des joueurs suit une évolution plus globale, sociétale même.

"D’abord, je vois une évolution logique de la société, analyse Nicolas Perez. Aujourd’hui l’individu ne souhaite plus obligatoirement sacrifier son épanouissement personnel au profit d’un groupe. Cela ne veut pas dire qu’il délaisse l’intérêt collectif, au contraire mais il accorde une place prépondérante à ses objectifs personnels. Ces deux composantes ne sont pas incompatibles : le développement individuel et l’épanouissement personnel sont à la base de la performance collective.

Ensuite, je pense que l’ouverture de nos championnats à de plus en plus de joueurs étranger a permis d’importer une culture du travail individuel différente. Ce qui était paradoxal parfois  c’est que des joueurs ou des joueuses qui avaient énormément travaillé individuellement dans leur cursus de formation, s’entraînaient beaucoup moins une fois professionnel. Or, au même titre que le travail physique, la technique s’entretient, se développe tout au long de la carrière, et ce quelque soit l’âge."

Du travail individuel dès le plus jeune âge, comme a pu le faire Nowitzki

Cette nouvelle profession devrait ainsi faire évoluer en bien le basketball français.

"Pour moi si le joueur il est meilleur, l'équipe est meilleure, avance Joseph Gomis. Après le jeu ce n'est pas compliqué, il faut réfléchir en soit, mais ce n'est pas compliqué, ce qui l'est ce sont les fondamentaux. Ca demande du temps, de la recherche. Je trouve que le joueur est en confiance. A n'importe quel âge on peut progresser. Bien sûr quand on est jeune, il y a toujours de la marge."

On ne devrait cesser de voir ces spécialistes du travailleur individuel dans les années à venir. Des techniciens toujours plus pointus. "Le niveau des savoir-faire ne cesse de progresser : à un moment le savoir faire doit porter sur les détails qui amènent des résultats dans le jeu du joueur". Sachant que ces coachs particuliers ont de superbes ambassadeurs.

"Dirk Nowitzki, comme Kevin Durant d'ailleurs, ont compris avant l'âge de 20 ans l'intéret de travailler avec un coach extérieur, rappelle Nicolas Gétin, parlant de Holger Geschwindner pour la star du basketball allemand. Les résultats sont plutôt probants non ? Donc elle fonctionnera aussi en Europe. Il y a quelques années, je l'avais déjà fait car Eric Girard m'a fait confiance pour faire progresser Aymeric Jeanneau au niveau de l'adresse. Et donc pendant la saison je suis allé à Strasbourg et Aymeric a progressé. Eric avait ainsi un meneur qui prenait plus de responsabilités au niveau extérieur. Je l'ai fait avec plein d'autres joueurs : Zaynoul Bah à Boulogne-sur-Mer car Germain Castano était ouvert. Ensuite, il faut que l'intervenant extérieur soit le plus à l'écoute possible du joueur et voire même du staff, car il faut une valeur ajoutée tout en prenant des risques calculés. Le mieux est d'apprendre à se connaître mais beaucoup de staff sont frileux, c'est à nous les intervenants extérieurs de faire nos preuves d'efficacité."

Après les managers généraux, les préparateurs physiques, assistants vidéos, le jour viendra peut-être où les clubs investiront dans des "directeurs de développement des joueurs" comme a pu l'être un Ricardo Greer à UCF avant de devenir assistant à Dayton.

Voici deux reportages sur le travail de Holger Geschwindner avec Dirk Nowitzki :

  • Le premier d'ABC diffusé pendant les finales NBA :
 
  • Un autre de Vice appelé "Le coach allemand fou qui a appris à Dirk Nowitzki comment tirer" :
 
20 avril 2018 à 07:30
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